jeudi 23 février 2012

Microsoft sort l'artillerie lourde contre Google Apps. Très lourde...

Il fut un temps où le challenger dans le domaine de la messagerie d'entreprise s'appelait... Microsoft. C'était la fin des années 90 et, face aux leaders Lotus Notes et Novell GroupWise, Exchange présentait les arguments d'une solution plus moderne, reposant sur des interfaces familières pour les utilisateurs... Quinze ans plus tard, la donne a changé et le rigolo de l'époque se veut parangon du sérieux d'entreprise. Microsoft est le nouvel IBM. Ses concurrents doivent être raillés, puisque, par définition, ils ne sont pas, eux, Microsoft. La démarche est simple: convaincre les entreprises que leurs employés ne savent et ne peuvent utiliser que les solutions qu'ils ont déjà et que tout ce qui est intuitif ou adapté à l'utilisateur final ne peut être approprié pour l'entreprise. C'est ce message grossier que Microsoft (avec une finesse digne des caricatures qui la dépeignaient elle-même) diffuse (sur Youtube...) dans un spot publicitaire intéressant à quelques égards:

  • L'acteur principal est assez comique;
  • Le fait d'investir dans une campagne anti-Google Apps traduit bien l'inquiétude de la part de Microsoft de se voir menacée sur le secteur des entreprises qu'elle considère comme sa chasse gardée naturelle du fait du lock-in qu'exerce l'omniprésence d'Office;
  • Microsoft considère qu'un modèle selon lequel des améliorations payantes et nécessitant une formation pour les utilisateurs tous les trois ans est plus valable pour les entreprises qu'une mise-à-jour gratuite des applications apportant des nouvelles fonctionnalités simples tous les mois.
Par ailleurs, on notera que, pour Microsoft, la mystification fait office d'argumentaire puisque, à toutes les questions que la publicité soulève en laissant supposer des failles de Google Apps, les réponses sont, en réalité à l'avantage de ce dernier:

  • "Est-ce que cela fonctionne comme Excel et Powerpoint?": oui. Le tableur et l'outil de présentation font partie de l'offre Google Apps for Business. Ainsi que l'outil de création de sites, de formulaires en ligne, d'hébergement de Vidéos, etc.
  • "Y a-t-il un correcteur orthographique?": oui. Et, qui plus est, multilingue (34 langues à l'heure actuelle) en standard et avec un outil de traduction intégré...
  • "Y a-t-il des tableaux-croisés?": oui, absolument. Dans les Google Spreadsheets, disponible avec n'importe quel compte Gmail  ou Google Apps, en création et modification sur n'importe quel navigateur...
  • Les applications peuvent disparaître d'un jour à l'autre: non, pas celles supportées par le contrat d'utilisation de Google Apps for Business. Toutes les applications citées (Gears, Wave, Buzz) faisaient partie des Labs ou étaient des versions Beta dont l'utilisation n'était pas obligatoire et la permanence, non-garantie. 

Reste la question de l'usage offline qui est, apparemment, un vrai argument. Sauf à rappeler que:

  • La messagerie Gmail est disponible offline au moyen de Chrome ou de n'importe quel client POP ou IMAP;
  • Les documents et tableaux sont visibles hors-connexion, nativement dans Chrome;
  • Les documents (textes, tableaux, présentations) Google peuvent être enregistrés dans leur équivalent Office / Open Office pour manipulation offline et, éventuellement synchronisés sur Google Apps grâce au connecteur pour Microsoft Office.
De manière pragmatique, il est intéressant de considérer les Google Docs comme des outils supplémentaires et pas nécessairement substitutifs des applications Office déjà présentes (et amorties) dans la grande majorité des entreprises. Les deux cohabitent d'autant mieux que chacun se prête à un type d'usage assez différent: généralement, les documents nécessitant des fonctions avancées sont peu collaboratifs, ils réclameront alors la suite Office pour les quelques fonctionnalités encore absentes de leur équivalent Google (le gestionnaire de scénario, dans Excel ou le mode Plan dans Word...) ; inversement, les documents collaboratifs, exploitant des sources disponibles sur Internet ou alimentant des sites seront plus efficacement réalisés dans les outils Google.    

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